Le vrai prix du poulet bon marché

Par Martin Hickman, secteur Consommation. Traduit de l’anglais par Monique Venuat

Un poulet d’élevage industriel a 40 jours à vivre avant d’être sacrifié et vendu £2.50 dans un supermarché

Une vidéo filmée en caméra cachée montre des poulets d’élevage industriel qui ont de grandes difficultés pour marcher et qui subissent des conditions de vie stressantes et contre nature. Elle vise à donner une nouvelle impulsion à la campagne d’information pour améliorer les conditions de vie des 800 millions de poulets destinés à la consommation.

L’association de défense des animaux « Compassion in World Farming » (son équivalent en France s’appelle Protection mondiale des animaux de la ferme) a enregistré le film dans un élevage qui fournit en viande les chaînes de supermarchés les plus importantes du pays pour montrer à quel point la vie dans les hangars à volaille, prévus pour 25 000 à 50 000 volatiles, est sinistre.

Sur les images de la vidéo on a l’impression de voir un immense tapis blanc, en fait des milliers d’oiseaux qui tournent en rond dans un hangar très peu éclairé. Quelques uns boîtent ou gisent inertes. Dehors il y a des poubelles pleines de poulets morts.

Leur destination finale n’est pas connue, mais les volatiles ont été achetés par une compagnie qui fournit plus de 80% des chicken nuggets de McDonald’s, et les chaînes Morrisons et Sainsbury’s.

Hier soir la compagnie Sun Valley Foods, de Hereford, a annoncé une enquête sur les conditions d’élevage de Uphampton Farm, Leominster, à proximité. La vidéo a été remise au journal The Independent dans le cadre d’un mouvement d’intérêt pour le traitement des animaux d’élevage industriel en Grande Bretagne.

Cette semaine, la RSPCA (équivalent britannique de la SPA) a sollicité les supermarchés pour les inviter à cesser de vendre des poulets calibrés issus de l’élevage industriel, dont la vie est brève, dénuée de sens, et se résume souvent à une suite de souffrances.

La semaine prochaine, sur Channel 4, les chefs cuisiniers Hugh Fearnley-Whittingstall et Jamie Oliver essayeront de montrer l’horreur des vraies conditions d’élevage des poulets bon marché et inviteront les supermarchés à faire améliorer ces conditions, et le public à choisir des volailles biologiques ou élevées en plein air.

Environ 855 millions de poulets sont sacrifiés pour leur chair tous les ans au Royaume Uni, mais alors qu’ils représentent le type de viande le plus consommé, les poulets font l’objet des plus fortes préoccupations en matière de bien être animal. La majorité des volatiles – environ 95 % – sont élevés à l’intérieur, dans d’immenses hangars surpeuplés où les conditions de vie sont de toute évidence néfastes d’après les scientifiques et les organisateurs de campagnes. Une recherche sur le sujet a fait apparaître que 27 % des poulets calibrés marchent très difficilement parce que leurs pattes ne peuvent pas supporter le poids le leur corps, qui est surdéveloppé par suite de modifications génétiques pour obtenir plus de viande.

Beaucoup souffrent aussi de brûlures aux pattes parce qu’ils marchent ou se tiennent en permanence sur de la sciure souillée d’urine, qu’on ne change que toutes les six semaines.

Un oiseau sur 20 est victime du syndrome de la mort subite, habituellement provoqué par des défaillances cardiaques ou respiratoires.

CIWF a visité l’élevage de Uphampton Farm parce que ses poulets sont fournis par Aviagen, une des trois principales compagnies d’élevage du monde. Au cours des visites en octobre et novembre, les militants de l’organisation ont trouvé de nombreux volatiles dans un état de détresse. L’un d’eux, essayant de fuir devant le caméraman, s’est écroulé après avoir fait six pas incertains. Il s’est relevé pour en faire sept de plus avant de s’effondrer de nouveau. Plusieurs autres ne semblaient même pas vouloir bouger alors que cela aurait dû être leur réaction naturelle.

D’après Lesley Lambert, directeur de recherche pour CIWF, « Ce degré de déficience locomotrice est habituellement associé à la douleur. Il est très possible que ces oiseaux souffraient de douleurs chroniques. "Il y avait au moins un oiseau mort sur le sol. L’atmosphère était poussiéreuse et il y avait un important volume d’excréments. »

Ed Roberts, dont le fils Jonathan exploite l’élevage de Uphampton Farm, a nié qu’il y ait un quelconque problème de déficience locomotrice et a affirmé que la mortalité excédait rarement 3 %. Il a dit que toutes les enquêtes devraient être conduites sous le contrôle de Sun Valley Food, un des plus grands acteurs du secteur d’exploitation du poulet en grande Bretagne, avec un chiffre d’affaire de 2 milliards de livres annuel.

Sun Valley a affirmé prendre très au sérieux ses responsabilités en rapport avec le bien être animal et a annoncé une enquête sur les conditions montrées par la vidéo.

Selon la CIWF, cependant, les conditions découvertes dans l’élevage en question sont typiquement celles des grands hangars à volaille et sont tout à fait représentatives de l’élevage industriel à l’heure actuelle. Les volatiles sont gardés à l’intérieur pendant toute la durée de leur vie, c’est-à-dire en général guère plus d’un mois. Ils sont tués au bout de 39 à 42 jours, contre 56 pour des volailles élevés en plein air et 80 pour des volailles d’élevage biologique.

Ces derniers peuvent aller et venir librement et ont des perchoirs et d’autres aménagements leur permettant d’avoir un comportement naturel. Mais ils sont trois fois plus chers que les poulets d’élevage industriel.

Dans trois émissions quotidiennes d’une heure, à partir de lundi, Fearnley-Whittingstall montrera les résultats d’une étude expérimentale, qui fait apparaître la différence entre les systèmes d’élevage des poulets, en fonction des critères de bien être respectifs : un site d’élevage a été partagé en deux, avec 1,500 poulets élevés en plein air d’un côté et 2 500 poulets élevés à l’intérieur de l’autre.

Fearnley-Whittingstall a déclaré : « Nous voulons changer fondamentalement le mode de production des poulets en Grande Bretagne. Nous pensons que plus les gens se rendront compte des choses plus ils seront enclins à se préoccuper du bien être des volatiles qu’ils achètent en fin de compte. » Le Conseil des éleveurs de volailles britanniques, qui représente l’industrie du poulet, a nié que les oiseaux se trouvent forcément mieux dans des élevages en plein air ou biologiques et a affirmé se préoccuper sincèrement du bien être des volailles.

Son principal représentant Peter Bradnock, a cependant déclaré que les consommateurs se préoccupaient davantage du prix et de l’hygiène alimentaire que du bien être animal. Selon lui, « Cette idée que l’élevage industriel est obscur, brutal et sans cœur est une foutaise ».

« Les gens qui produisent ces poulets les produits en fonction de la demande du marché. Les consommateurs ont accès à tous ces systèmes de production, qui sont clairement identifiés sur les emballages. Il n’y a aucun subterfuge. »

Version originale : l’article sur The independent (en)

Les vaches rouges, 4/01/2008

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